« Il y a un moment où deux regards qui se rencontrent, se touchent » Alphonse Karr, philosophe.
Cette phrase d’Alphonse Karr me fait penser à l’artiste qui, à travers son regard, va composer une toile, un dessin, une photographie, une sculpture, puis va laisser le spectateur de ses yeux : observer, contempler la composition. Comme si l’acte d’intimité de ces deux regards allaient se rencontrer, se toucher à travers l’œuvre.
Avec une certaine pudeur, sans confrontation directe, juste par la présence de l’œuvre, la mémoire du geste, la mémoire du regard qui relie le trait et les émotions véhiculées.
Lorsque je travaille, une idée revient souvent dans le processus pour exprimer la fragilité, le sensible, l’émouvant, c’est évidemment la question du tact qui est posée à travers la touche picturale.
On peut regarder une main se poser sur un papier, une toile, la matière, cependant la qualité du toucher ne se voit pas. Le tact implique « le prolongement miraculeux du corps », c’est-à-dire la mise en œuvre de la perception, au-delà de soi, de l’hapsis. La notion d’hapsis signifie en grec classique : le sentiment, le tact et la sensation, au sens de sentir, ressentir, émouvoir et de toucher intérieurement, d’affecter.
Cela pose la question de comment effleurer le papier, transmettre du sensible à travers la pression de la plume, la diffusion de l’encre, laisser de l’espace au souffle, l’équilibre des vides et des pleins. Là où le trait structure ou libère. Savoir également s’abandonner dans la composition pour transmettre une expression de lâcher-prise, de plénitude, qu’on peut avoir en face d’un paysage, d’un moment suspendu. Sans forcément vouloir retranscrire le réel à l’état brut mais d’avantage la perception de ce réel où l’on capte une sensation de liberté, de calme, d’apaisement, où l’on fait corps avec le vivant, tout en ressentant une certaine absence, un abandon qui nous recentre.